Qu’est-ce que le trouble de l’attachement ?
Le trouble de l’attachement ou TA se développe lorsqu’un jeune enfant (0 à 4 ans) ne peut établir de liens affectifs sûrs et stables avec un adulte significatif. Le parent, le plus souvent, doit combler ses besoins primaires. À défaut, l’enfant a de fortes chances de développer un trouble de l’attachement qui affectera son comportement à chaque étape de sa vie.
On estime à 1 % la prévalence du trouble réactionnel de l’attachement dans la population générale. Cependant, chez les enfants ayant été victime de maltraitance, le chiffre atteint les 40 %.
Quelle est l’origine de ce trouble ?
La théorie de l’attachement, formulée par le psychiatre et psychanalyste John Bowlby dans les années 1950, met en lumière l’importance pour un jeune enfant de développer une relation d’attachement stable. Ce lien se forme généralement avec au moins une figure significative, souvent identifiée comme le donneur de soins.
En situation de stress, le mécanisme d’attachement active le besoin de sécurité chez l’enfant. Il revient à la personne dispensant les soins de l’apaiser pour réduire le niveau d’angoisse, favorisant ainsi un développement social et émotionnel sain, crucial pour une estime de soi positive tout au long de la vie.
Les troubles de l’attachement peuvent émerger lorsque cette sécurité est compromise. Des facteurs comme les traumatismes, les abus, la négligence, des troubles mentaux, des événements stressants comme un divorce ou la pauvreté peuvent influencer négativement la qualité de la relation d’attachement.
Quels sont les différents types de troubles ?
Pendant les années 60 et 70, la psychologue Mary Ainsworth a réalisé des recherches qui ont abouti à l’identification de divers modèles d’attachement.
1. L’attachement sécure
L’attachement sécure, considéré comme la norme, implique un soignant réceptif aux signaux du nourrisson avec des réponses cohérentes. Durant la séparation, le bébé exprime son mécontentement et manifeste de la joie au retour du parent. Cette base sécurisante favorise l’exploration de l’environnement. L’enfant recherche le contact physique lors des retrouvailles.
2. L’attachement de type insécure-anxieux
Le donneur de soins ne répond pas systématiquement aux signes de détresse de l’enfant, démontrant parfois un manque d’affection à ses besoins d’attachement. Ses réponses sont imprévisibles. Le petit tente de satisfaire l’adulte en exprimant ce qu’il suppose être conforme à ce que l’adulte souhaite entendre, en inventant par moments des histoires.
3. L’attachement de type insécure-évitant
Quand un parent ne répond pas de manière adéquate aux demandes de l’enfant, cela peut donner lieu à un attachement de type insécure-évitant. Initialement perturbé par ce comportement, l’enfant s’adapte en montrant peu d’émotions face à la séparation et en évitant la proximité avec son donneur de soins lors des retrouvailles. Il adopte une attitude indépendante, n’exprimant pas de besoin particulier envers le soignant et évitant de chercher conseil auprès de lui. Cependant, il est en état d’alerte psychologique.
4. L’attachement de type insécure-résistant
L’attachement insécure-résistant se manifeste en réaction aux réponses incohérentes face aux signaux de détresse émis par le nourrisson. Durant la séparation, l’enfant exprime un besoin excessif d’attachement. Toutefois, lors des retrouvailles avec le donneur de soignant, il mélange des comportements de recherche de contact et de rejet, éprouvant des difficultés à retrouver son calme même en présence de réconfort.
5. L’attachement de type insécure-désorganisé
L’attachement de type insécure-désorganisé se développe lorsque la figure d’attachement présente des comportements changeants ou est peu présente. Les tentatives de l’enfant pour faire face au stress échouent, se traduisant par des comportements incohérents en présence de la personne qui s’occupe de lui. Souvent, cela conduit à des troubles psychotiques et à une variété de symptômes associés aux autres types d’attachement.
Quelles sont les manifestations du trouble de l’attachement ?
Les troubles peuvent se manifester de diverses manières et différer selon les âges.
Chez l’enfant :
- Pleurs incessants sans raison,
- Rejet du contact physique,
- Perturbations du sommeil,
- Fort besoin de contrôle,
- Crises de colère,
- Difficultés à établir des relations avec des pairs,
- Problèmes liés à l’alimentation…
Chez l’adolescent :
- Faible estime de soi,
- Relations avec autrui difficiles,
- Opposition à l’autorité,
- Des complications scolaires,
- Agressivité et violence, tant verbale que physique,
- Confusion dans la distinction entre le bien et le mal,
- Incertitude quant à l’identité personnelle et aux objectifs de vie,
- Recherche constante d’approbation et de validation…
Chez l’adulte :
- Des difficultés à établir et à maintenir des relations intimes stables (amitié, amour),
- Besoin de contrôler,
- Image négative de soi,
- Impulsivité, agressivité, violence,
- Sentiment de culpabilité,
- Changements fréquents d’humeur et épisodes dépressifs,
- Incapacité à gérer le stress et les émotions…
Comment soigner le trouble de l’attachement ?
Le TA est diagnostiqué par des professionnels de la santé mentale. D’ailleurs, en fonction de l’âge, les approches thérapeutiques divergent.
Durant l’enfance :
- La thérapie par le jeu offre une alternative non verbale d’exprimer des émotions et de développer des compétences sociales.
- La psychothérapie (individuelle ou familiale) et la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) facilitent la reconstruction du lien de confiance.
À l’adolescence :
- Les adolescents peuvent suivre une TCC pour explorer les schémas relationnels.
- Le soutien scolaire est propice au développement des compétences sociales et émotionnelles.
À l’âge adulte :
- La TCC ou la thérapie psychodynamique peuvent aider à aborder les schémas relationnels problématiques.
- Participer à des groupes de soutien permet de partager des expériences dans un environnement sécurisé.
- L’EMDR peut être utilisée pour traiter les souvenirs traumatiques et atténuer leurs effets sur l’attachement.
Enfin, il est important de repérer un trouble de l’attachement précocement pour intervenir rapidement et aider à le surmonter.