Qu’est-ce qu’un pervers narcissique ?
Définition de la perversion narcissique
La notion de perversion narcissique a été formulée par le psychiatre et psychanalyste Jean-Paul Racamier et caractérise une pathologie relationnelle. Selon lui, « Le mouvement pervers narcissique se définit essentiellement comme une façon organisée de se défendre de toute douleur et contradiction interne et de les expulser pour les faire couver ailleurs, tout en se survalorisant, tout cela aux dépens d’autrui ».
Depuis, le concept a été popularisé, même galvaudé à travers les médias, décrivant désormais un type d’individu. Dans son sens actuel, le pervers narcissique (PN) est davantage caractérisé par un caractère manipulateur. Il se valorise en rabaissant les autres, manipule et blesse ses victimes sans culpabiliser. À cela s’ajoute également le besoin d’être admiré. Conjoint, ami, collègue, membre de la famille, homme ou femme, on estime qu’ils sont 3 % parmi la population. Le pervers narcissique cache bien son jeu. Il agit de façon indirecte, très subtilement, montre un visage avenant en public, mais opère en privé. Il est donc très difficile de le démasquer.
Comment agit-il ?
Un pervers narcissique ne laisse que très rarement entrevoir ses mauvais côtés et sa mégalomanie. En façade, il s’agit d’un individu agréable, aimé, même admirable. Sous ce masque se cache un prédateur à la personnalité toxique, très destructrice pour ses victimes. Dans une relation, qu’elle soit amicale, familiale, professionnelle, le pervers narcissique repère les failles et blessures chez sa victime. Ce manipulateur s’y engouffre habilement, faisant croire à l’autre qu’il la comprend mieux que personne. Il se rend ainsi indispensable, amorçant un mécanisme d’emprise dévastateur. Par la suite, le PN rend l’autre coupable à sa place dans certaines situations, afin de se protéger lui-même. À la longue, il finit par isoler sa victime.
Comment reconnaître un pervers narcissique ?
Les 30 caractéristiques du manipulateur
Isabelle Nazare-Aga, thérapeute cognitivo-comportementaliste française a mis en place une technique afin de reconnaître un pervers narcissique. Elle a dressé une liste de 30 caractéristiques qui s’appliquent au comportement d’un manipulateur, homme ou femme. Sur les 30 critères, si au moins 14 d’entre eux correspondent à la personne à laquelle nous pensons, alors celle-ci fait preuve de perversions et de manipulation.
La liste d’Isabelle Nazare-Aga
- Il culpabilise les autres au nom du lien familial, de l’amitié, de l’amour, de la conscience professionnelle.
- Il reporte sa responsabilité sur les autres, ou se démet des siennes.
- Il ne communique pas clairement ses demandes, ses besoins, ses sentiments et opinions.
- Il répond très souvent de façon floue.
- Il change ses opinions, ses comportements, ses sentiments selon les personnes ou les situations.
- Il invoque des raisons logiques pour déguiser ses demandes.
- Il fait croire aux autres qu’ils doivent être parfaits, qu’ils ne doivent jamais changer d’avis, qu’ils doivent tout savoir et répondre immédiatement aux demandes et questions.
- Il met en doute les qualités, la compétence, la personnalité des autres : il critique sans en avoir l’air, dévalorise et juge.
- Il fait faire ses messages par autrui.
- Il sème la zizanie et crée la suspicion, divise pour mieux régner.
- Il sait se placer en victime pour qu’on le plaigne.
- Il ignore les demandes même s’il dit s’en occuper.
- Il utilise les principes moraux des autres pour assouvir ses besoins.
- Il menace de façon déguisée, ou pratique un chantage ouvert.
- Il change carrément de sujet au cours d’une conversation.
- Il évite ou s’échappe de l’entretien, de la réunion.
- Il mise sur l’ignorance des autres et fait croire en sa supériorité.
- Il ment.
- Il prêche le faux pour savoir le vrai.
- Il est égocentrique.
- Il peut être jaloux.
- Il ne supporte pas la critique et nie les évidences.
- Il ne tient pas compte des droits, des besoins et des désirs des autres.
- Il utilise souvent le dernier moment pour ordonner ou faire agir autrui.
- Son discours paraît logique ou cohérent alors que ses attitudes répondent au schéma opposé.
- Il flatte pour vous plaire, fait des cadeaux, se met soudain aux petits soins pour vous.
- Il produit un sentiment de malaise ou de non-liberté.
- Il est parfaitement efficace pour atteindre ses propres buts mais aux dépens d’autrui.
- Il nous fait faire des choses que nous n’aurions probablement pas fait de notre propre gré.
- Il fait constamment l’objet des conversations, même quand il n’est pas là.
Comment aider une personne sous emprise psychologique ?
Les proches ont un rôle à jouer
Nous pouvons tous être victime d’un pervers narcissique, et cela, sans même nous en rendre compte. Les proches ont donc, dans cette situation, un rôle à jouer. Si une personne est sous l’emprise d’un manipulateur, c’est qu’elle est soit dans le déni, dans une dépendance affective, ou qu’elle a perdu confiance en elle.
Entamer le dialogue avec une personne sous emprise n’est pas chose aisée. Il faut agir avec sincérité, bienveillance et empathie. Il ne suffit pas de dire que la relation est toxique (et particulièrement le PN), mais il est essentiel d’argumenter : la perte de joie de vivre, l’isolement… Rappelez-lui également que même si elle coupe les ponts avec vous, vous en veut, que vous faîtes cela pour son bien, car vous l’aimez. Tant que la victime n’est pas consciente que ça ne va pas dans la relation, elle ne pourra pas s’en détacher. Le but est de lui ouvrir les yeux en douceur, sans la heurter.
Les conséquences de l’emprise psychologique
Sortir d’une emprise psychologique est extrêmement difficile et plus ou moins long selon les cas. Néanmoins, une victime a besoin d’être épaulée, rassurée… Vient ensuite le moment de se reconstruire. Une personne qui a été sous emprise doit se faire aider par un psychologue professionnel, afin de comprendre pourquoi elle a été attirée par un pervers narcissique, mais également, pour se prémunir, afin qu’une telle situation ne se reproduise plus. Par ailleurs, un thérapeute aidera également à réparer ce qui a été brisé : l’estime de soi, la motivation, la joie de vivre… Soigner les dommages psychologiques dus à une emprise psychologique prend du temps, de l’énergie. C’est pour cela qu’il est indispensable que l’entourage soit présent et investi, tout au long du processus de reconstruction.